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Nahia Uhart

HYPNOTHÉRAPEUTE

Pourquoi le corps « se fige » pendant une agression : comprendre la sidération

nahiahypnose
7 sept.
10 min de lecture

Souvent, quand une personne vit un viol ou une agression, les personnes ont tendance à demander "Et tu t'es débattu(e) ? Tu as crié À l'aide ?"

Cette question peut être particulièrement douloureuse lorsqu'elle vient de l'entourage mais encore plus de la personne qui a vécu l'agression elle-même.

"Pourquoi je n'ai pas crié ?" "Pourquoi je ne me suis pas débattue ?" "Pourquoi je n'ai pas réussi à partir ?" "Est-ce que cela veut dire que j'étais d'accord ?"

Non. Ne pas avoir pu réagir ne signifie jamais avoir consenti.


Lorsqu'une personne est confrontée à une situation vécue comme dangereuse, son corps peut prendre le contrôle avant même que sa pensée consciente ait le temps d'intervenir. C'est notamment ce qui peut se produire avec la sidération traumatique.


Si vous avez vécu une agression et que vous vous reprochez aujourd'hui votre absence de réaction, il est essentiel de le comprendre : vous n'avez pas choisi de vous figer. Votre organisme a tenté de vous protéger face à une situation qu'il percevait comme une menace.


Sidération traumatique

La sidération traumatique : quand le corps « s'arrête » durant une agression

Nous connaissons généralement les réactions instinctives face au danger : fuir ou combattre.

Pourtant, notre système nerveux dispose d'autres réponses.


Face à une menace intense, une personne peut :

  • courir ou chercher à s'échapper

  • se défendre physiquement

  • crier, repousser ou tenter de négocier

  • rester complètement immobile

  • ne plus réussir à parler

  • avoir l'impression d'être spectatrice de ce qui se passe

  • ressentir son corps comme distant ou étrange

  • être incapable de prendre une décision alors même qu'elle comprend que quelque chose ne va pas.


Cette dernière réaction peut correspondre à ce que l'on appelle communément : se figer.

Dans certaines situations traumatiques, la personne ne choisit donc pas entre « réagir » et « ne pas réagir ». C'est plus complexe que cela : le cerveau prend le relais.


Que se passe-t-il dans le cerveau pendant une agression ?

Pour comprendre la sidération durant une agression, il faut imaginer que notre cerveau possède plusieurs systèmes qui communiquent en permanence.


Lorsque nous nous sentons en sécurité, nous pouvons réfléchir, analyser une situation, faire des choix et utiliser notre capacité à communiquer. C'est-à-dire ce que nous faisons quasiment tout le temps.


Mais lorsqu'une menace apparaît, dans le cerveau, c'est une alarme qui s'enclenche et là, le système nerveux peut rapidement passer en mode survie.


Le cerveau cherche alors moins à comprendre ce qui se passe qu'à répondre à une question beaucoup plus urgente : « Comment rester en vie face à cette menace ? »


Différentes manifestations physiques peuvent être vécues : le rythme cardiaque peut changer, l'attention se focalise sur la menace, le corps mobilise ses ressources pour faire face à ce qu'il perçoit comme un danger.


Mais si la situation semble impossible à fuir ou à combattre — par exemple parce que l'agresseur est physiquement plus fort, parce que la personne est surprise, menacée, paralysée par la peur ou qu'elle connaît son agresseur — une autre réponse peut apparaître : le corps peut se figer.

Ce n'est pas une décision rationnelle. C'est une réaction automatique.


« Mais pourquoi je n'ai rien fait ? »

C'est souvent l'une des questions les plus douloureuses après une agression. Et elle peut alimenter une culpabilité immense chez la personne qui vit l'événement.


Certaines personnes se demandent pourquoi elles n'ont pas crié. Pourquoi elles n'ont pas frappé. Pourquoi elles n'ont pas couru. Elles comparent leur réaction réelle à une réaction imaginaire qu'elles auraient aimé avoir.


Mais cette comparaison oublie quelque chose d'essentiel : vous ne pouviez pas savoir à l'avance comment votre corps allait réagir face à une menace extrême, malgré tous les scénarios que vous vous êtes imaginés au préalable.


La réaction de survie n'est pas un choix posé calmement après réflexion. Elle peut survenir en quelques secondes. C'est un peu comme si votre organisme appuyait sur un bouton d'urgence avant que votre cerveau conscient ait pu ouvrir le dossier et lire les instructions. Vous pouvez savoir que vous êtes en danger sans réussir à agir. Vous pouvez vouloir dire « non » sans parvenir à prononcer un mot. Vous pouvez vouloir partir et constater que votre corps ne bouge plus.

Mais il faut savoir une chose très importante : l'immobilité n'est pas un consentement, jamais.


Le corps peut dire « non » même lorsque la bouche ne parle plus

Il existe une idée encore très présente dans notre société : pour qu'une agression soit une agression, il faudrait forcément avoir résisté.

Crier.

Se débattre.

Repousser.

Fuir.

Mais la réalité des réactions traumatiques est beaucoup plus complexe.


Une personne peut dire « non ».

Elle peut aussi ne rien pouvoir dire du tout.

Elle peut pleurer.

Être silencieuse.

Rester immobile.

Faire semblant de coopérer.

Chercher à apaiser l'agresseur.

Attendre que la situation se termine.


Toutes ces réactions peuvent être des tentatives — conscientes ou non — de traverser une situation vécue comme dangereuse.


La personne agressée n'a pas à démontrer qu'elle a suffisamment résisté pour que son vécu soit légitime.


Figer, sidération : quelle différence ?

Les termes sont parfois utilisés comme des synonymes, même s'ils ne veulent pas exactement faire part de la même réalité.


Se figer désigne principalement une réaction durant laquelle le corps reste immobile, l'action devient extrêmement difficile, voire impossible. Impossibilité de repousser, de marcher, courir...


La sidération traumatique peut être plus large. Elle peut correspondre à un état dans lequel les capacités habituelles de réflexion, de parole ou d'action semblent momentanément bloquées.

Certaines personnes décrivent :

  • « Je savais ce qui se passait mais je n'arrivais pas à bouger. »

  • « J'avais l'impression d'être ailleurs. »

  • « Je voulais dire non, mais aucun son ne sortait. »

  • « Je regardais la scène comme si elle ne m'appartenait pas. »

  • « Je me sentais complètement paralysée. »


Se figer = le corps immobile

Sidération = l'esprit & le corps qui bloquent totalement


Et si le corps se déconnectait pour supporter l'insupportable ?

Dans certaines expériences traumatiques, la personne peut également ressentir une forme de déconnexion de ses sensations ou de ce qui se passe autour d'elle.

Elle peut avoir l'impression d'être à côté de son corps, d'observer la scène de l'extérieur ou de fonctionner « en pilote automatique ».

On parle alors notamment de dissociation.


Pour comprendre cette sensation, on peut imaginer un ordinateur confronté à une quantité de données dans un laps de temps très court. Lorsqu'il est saturé, il peut ralentir, ventiler, bloquer certaines fonctions ou complètement planter.


Le cerveau humain n'est évidemment pas un ordinateur.

Mais cette image permet de comprendre une chose : certaines fonctions peuvent temporairement être mises en retrait lorsque l'organisme tente de gérer une expérience extrêmement intense.


Ce n'est pas de la faiblesse. Ce n'est pas « être bizarre ». Et surtout, ce n'est pas une preuve que la personne voulait que cela arrive.


Pourquoi la culpabilité arrive-t-elle si souvent après une agression ?

Après une expérience traumatique, le cerveau cherche souvent à reconstruire une logique. Il tente de comprendre. De trouver une explication rationnelle.


Et parfois, cette recherche se retourne contre la personne elle-même :

« J'aurais dû partir plus tôt. »

« J'aurais dû comprendre. »

« J'aurais dû me défendre. »

« J'aurais dû dire non plus clairement. »

« Pourquoi je suis restée ? »


Cette culpabilité peut donner une illusion de contrôle : si c'était « ma faute », alors peut-être que j'aurais pu empêcher ce qui s'est passé.

Mais cette conclusion est profondément injuste.

La responsabilité appartient toujours à la personne qui a agressé. Pas à la personne qui a vécu cet événement. Pas à celle qui s'est figée. Pas à celle qui n'a pas réussi à crier. Pas à celle qui a essayé de survivre à la situation de la manière dont son corps le lui permettait à cet instant.


« J'ai survécu comme j'ai pu »

C'est peut-être une manière plus juste de regarder ce qui s'est passé.


Au lieu de demander :

« Pourquoi je n'ai pas réagi ? »

On peut progressivement apprendre à se demander :

« Qu'est-ce que mon corps a essayé de faire pour me protéger ? »


Cette question change beaucoup de choses. Elle permet de passer du jugement à la compréhension. De la honte à la compassion. De « j'ai été incapable de me défendre » à « mon organisme a utilisé la réponse dont il disposait à ce moment-là ».

Et parfois, ce changement de regard constitue déjà une première étape importante dans le processus de reconstruction.


Le traumatisme ne s'arrête pas forcément lorsque l'agression est terminée

Le corps peut avoir enregistré l'événement comme une menace, même lorsque le danger n'est plus présent.


C'est pourquoi certaines personnes développent certains mécanismes par la suite :

  • une hypervigilance

  • des problèmes de sommeil

  • des réactions de peur jugées disproportionnées

  • des difficultés à faire confiance

  • une sensation de déconnexion du corps

  • des difficultés dans l'intimité ou la sexualité

  • de la honte ou de la culpabilité

  • des souvenirs intrusifs

  • des réactions physiques lorsqu'une situation rappelle l'événement

  • la peur de ne pas réussir à se défendre à nouveau.


Le traumatisme peut également modifier la relation que l'on entretient avec son propre corps. Cette dernière phrase résume parfois très bien l'expérience traumatique : "Je sais que je suis en sécurité aujourd'hui, mais mon corps ne semble pas le savoir."


Peut-on « débloquer » une réaction de sidération ?

Il est important de ne pas considérer la sidération comme quelque chose qu'il faudrait simplement « supprimer ».

L'objectif d'un accompagnement n'est pas de reprocher au corps et à l'esprit sa manière d'avoir réagi.


Il s'agit plutôt de retrouver progressivement un sentiment de sécurité, de mieux comprendre ses réactions et de reconstruire une relation plus apaisée avec soi-même.


Un accompagnement psychologique ou thérapeutique adapté au vécu traumatique peut permettre d'explorer, à son rythme :

  • les réactions du corps

  • les émotions associées à l'événement

  • la culpabilité

  • la honte

  • le rapport au corps

  • les mécanismes de protection

  • les situations qui déclenchent encore aujourd'hui une réaction de survie.


L'important est de ne pas forcer.

Dans le travail autour du traumatisme, le sentiment de sécurité passe avant le fait de raconter ou de revivre l'événement en détail. Il n'est pas nécessaire de tout raconter dès la première séance. Il n'est pas nécessaire de se confronter brutalement à ce qui fait peur. Le rythme appartient à la personne.


Vous n'avez pas à avoir « assez réagi » pour que ce que vous avez vécu soit réel

Si vous avez vécu une agression sexuelle ou un viol et que vous vous reprochez encore votre réaction, j'aimerais vous laisser avec cette idée :

Votre réaction pendant l'agression ne définit ni votre courage, ni votre valeur, ni la gravité de ce que vous avez vécu.


Vous n'aviez pas à avoir la « bonne » réaction. Vous n'aviez pas à vous défendre d'une certaine manière. Vous n'aviez pas à crier. Vous n'aviez pas à fuir. Vous n'aviez pas à être capable de penser clairement dans une situation où votre système nerveux était confronté à une menace.

Vous avez fait ce que vous avez pu, avec les ressources dont vous disposiez à cet instant.


Et si aujourd'hui votre corps continue de porter quelque chose de cette expérience, cela ne signifie pas que vous êtes condamnée à rester figée pour toujours. Il est possible, progressivement, de retrouver davantage de sécurité, de liberté et de confiance dans ses propres sensations.


Vous souhaitez en parler ?

Faire le premier pas ne signifie pas forcément raconter toute son histoire.

Parfois, il s'agit simplement de pouvoir dire :

« Je ne comprends pas ce qui m'arrive depuis cette expérience. »


Ou :

« J'aimerais retrouver une relation plus apaisée avec mon corps. »


Un premier échange peut justement permettre de poser vos questions, de comprendre comment un accompagnement pourrait se dérouler et de voir si cet espace vous convient.


Vous pouvez prendre contact pour un premier échange, sans obligation de raconter ce que vous n'êtes pas prête à raconter. Votre rythme compte.

Et surtout : vous n'avez pas à avoir honte de la manière dont votre corps a essayé de vous protéger.


FAQ — Sidération traumatique et figement

Qu'est-ce que la sidération traumatique ?

La sidération traumatique est une réaction automatique du système nerveux qui peut survenir face à une situation vécue comme extrêmement menaçante. La personne peut alors se retrouver incapable de bouger, de parler, de crier ou de se défendre, même si elle a conscience de ce qui est en train de se passer. Ce n'est pas une réaction choisie : le corps tente de faire face au danger avec les moyens dont il dispose.


Pourquoi le corps se fige-t-il pendant une agression ?

Lorsqu'une personne est confrontée à une menace intense, son organisme passe en mode survie. Si fuir ou combattre semblent impossibles ou trop dangereux, une réaction de figement peut apparaître. Le cerveau ne fonctionne alors plus comme dans une situation ordinaire : certaines capacités de réflexion, de décision ou d'action peuvent être temporairement fortement perturbées.


Est-ce que ne pas se défendre pendant une agression signifie que l'on a consenti ?

Non. Ne pas se débattre, ne pas crier ou rester immobile ne signifie pas consentir. Une personne peut être en état de sidération et être physiquement incapable de réagir comme elle aurait souhaité le faire. L'absence de résistance n'efface jamais ce qu'elle a vécu.


Peut-on avoir l'impression d'être « sortie de son corps » pendant une agression ?

Oui. Certaines personnes décrivent une sensation de distance avec leur corps ou l'impression d'observer la situation de l'extérieur. Ce type d'expérience peut correspondre à un phénomène dissociatif. Les réactions peuvent varier considérablement d'une personne à l'autre et méritent d'être accueillies sans jugement.


Pourquoi est-ce que je repense encore à ma réaction des années après ?

Après un traumatisme, certaines questions peuvent rester sans réponse et alimenter la culpabilité : « Pourquoi je n'ai pas fui ? », « Pourquoi je n'ai pas crié ? », « Pourquoi je suis restée ? » Le cerveau cherche souvent à donner du sens à ce qui s'est passé. Comprendre les mécanismes de survie peut permettre de commencer à déconstruire ces interprétations culpabilisantes.


L'hypnose peut-elle aider après une agression sexuelle ?

L'hypnose peut être envisagée comme un outil complémentaire dans un accompagnement adapté, notamment pour travailler autour du sentiment de sécurité, des sensations corporelles ou de certaines réactions émotionnelles. Elle ne consiste pas à effacer un souvenir ni à faire disparaître un traumatisme. Pour les conséquences importantes d'une agression ou d'un traumatisme, un accompagnement par un professionnel formé à la prise en charge du psychotraumatisme peut également être particulièrement important.


Comment commencer un accompagnement lorsqu'on a vécu une agression ?

Il n'est pas nécessaire de raconter toute son histoire dès le premier rendez-vous. Un premier échange peut simplement permettre de poser ses questions, d'exprimer ce que l'on ressent aujourd'hui et de comprendre comment l'accompagnement pourrait se dérouler. Le rythme doit rester celui de la personne accompagnée.


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Pour toute question ou information complémentaire, vous pouvez m’écrire via mon site : 👉 https://www.nahiauhart-hypnose.fr/


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